Renforcer les capacités communautaire grâce à la surveillance du climat dans la réserve du traité de Tootinaowaziibeeng
Contexte
Depuis des générations, les membres de la réserve du traité no 292 de Tootinaowaziibeeng (RTT) dépendent de la terre, de l’eau, des forêts et de la faune pour leur identité culturelle, leurs pratiques traditionnelles et leur bien-être. Située dans l’ouest du Manitoba, dans la région de Parkland, la communauté a constaté des changements dans les conditions météorologiques, les cycles saisonniers, les conditions de l’eau, le comportement de la faune et la végétation, qui deviennent de plus en plus difficiles à ignorer.
Comme de nombreuses communautés autochtones au Canada, la RTT a reconnu que les changements climatiques ne sont plus une préoccupation future ; mais plutôt une réalité que l’on vit aujourd’hui. Les Aînés partagent depuis longtemps leurs observations concernant l’évolution des saisons, les changements dans les comportements de la faune et les conditions environnementales qui diffèrent de celles dont se souviennent les générations précédentes. Ces observations ont renforcé l’importance de documenter les changements environnementaux tout en veillant à ce que les savoirs traditionnels restent demeurent au cœur de leur compréhension et des mesures prises pour y répondre.
S’appuyant sur la dynamique créée par l’initiative du Centre du savoir traditionnel sur les changements climatiques de la RTT, la communauté a élargi ses activités liées aux changements climatiques en 2024 en lançant le Programme de surveillance du climat, avec le soutien du Programme de surveillance du climat dans les collectivités autochtones. Ensemble, ces initiatives complémentaires combinent les connaissances traditionnelles et la surveillance scientifique afin d’améliorer la compréhension des impacts locaux des changements climatiques, de renforcer les capacités communautaires et de favoriser une prise de décision éclairée pour les générations futures.
Construire plus qu'un programme de surveillance
Bien que la collecte de données environnementales soit une composante importante du projet, la vision de la RTT va beaucoup plus loin.
Dès le départ, la communauté a reconnu que le succès à long terme dépendrait du développement des compétences locales, du renforcement du leadership communautaire et de la création d’occasions permettant aux jeunes et aux Aînés de travailler ensemble.
Plutôt que de dépendre indéfiniment sur des experts externes, le programme a été conçu pour renforcer les capacités locales, afin que les membres de la communauté deviennent progressivement les personnes chargées de recueillir les données, d’entretenir l’équipement, d’interpréter les résultats et, ultimement, de gérer eux-mêmes le programme de surveillance.
Chaque séance de surveillance poursuit donc deux objectifs :
- recueillir des renseignements précieux sur l’environnement ;
- renforcer les capacités communautaires
Cette approche permet de s’assurer que les connaissances, les compétences et l’expérience acquises dans le cadre du projet demeurent au sein de la communauté bien après l’achèvement du projet.

Surveillance du territoire au fil des quatre saisons
La surveillance a lieu tout au long de l’année afin d’établir une base de référence environnementale à long terme, tout en améliorant la compréhension de la variabilité saisonnière et des tendances environnementales futures. Les jeunes et les Aînés de la communauté participent ensemble à des activités saisonnières sur le terrain où ils surveillent un large éventail d’indicateurs environnementaux.
Chaque séance de surveillance est réalisée selon des protocoles de terrain normalisés, y compris l’étalonnage de l’équipement, la planification des mesures de sécurité, la consignation des données, la documentation photographique et les procédures d’assurance de la qualité. Ces méthodes garantissent que les informations recueillies aujourd’hui pourront être comparées de manière cohérente sur plusieurs années.
Là où les savoirs traditionnels et la science se rencontrent
La plus grande force du programme réside peut-être dans le fait qu’il ne considère pas les savoirs traditionnels et la surveillance scientifique comme des approches distinctes. Au contraire, ils sont complémentaires.
Alors que les jeunes recueillent des mesures sur le terrain à l’aide d’équipement de surveillance environnementale, les Aînés partagent des observations acquises au cours de décennies passées à vivre sur le territoire.
Au cours de chaque séance de surveillance, des conversations émergent naturellement sur le changement des saisons, les conditions de l’eau, le comportement de la faune ainsi que la santé des forêts et des milieux humides. Les mesures scientifiques fournissent des données mesurables qui complètent et valident ces observations.
Cette combinaison permet de mieux comprendre les changements environnementaux et garantit que la surveillance reflète à la fois les savoirs autochtones et les méthodes scientifiques.

Les jeunes au cœur de l'action climatique
La participation des jeunes est l’un des aspects les plus gratifiants du projet. Les étudiants participent directement à chaque session de surveillance et apprennent à utiliser l’équipement de surveillance, à recueillir des données environnementales, à suivre les procédures de sécurité, à documenter leurs observations et à entretenir l’équipement.
Plutôt que d’apprendre les changements climatiques uniquement en en salle classe, les jeunes en font l’expérience directe en travaillant sur le terrain aux côtés des Aînés et des spécialistes techniques.
Au fur et à mesure que leur confiance grandit, leur compréhension de l’intendance environnementale s’approfondie, tout comme leur prise de conscience du rôle important qu’ils peuvent jouer dans la protection des ressources naturelles de leur communauté..
De nombreux participants acquièrent maintenant des compétences pratiques qui pourront être mises à profit à de futures possibilités d’intendance environnementale, dans des possibilités d’emploi ainsi que dans des rôles de leadership au sein de leur communauté.

La surveillance du climat au-delà du terrain
Reconnaissant que les changements climatiques affectent l’ensemble de la communauté, la RTT a mis en place plusieurs activités complémentaires qui encouragent une participation et une sensibilisation plus larges.
L’une de ces initiatives est le camp annuel des jeunes, où les Aînés, les jeunes, les détenteurs des savoirs traditionnels et les bénévoles de la communauté se réunissent pour participer à des activités d’apprentissage axées sur le territoire. Grâce à des enseignements culturels, à des discussions sur l’environnement et à des activités traditionnelles, les participants explorent les liens entre le climat, la culture et l’intendance du territoire.

Une autre initiative importante est la Journée de plantation d’arbres, organisée chaque printemps en partenariat avec les élèves de l’école Chief Clifford Lynxleg Anishinabe. Des centaines d’arbres ont été plantés depuis le début du programme, donnant l’occasion aux jeunes d’en apprendre davantage sur le rôle que jouent les arbres dans la réduction des impacts des changements climatiques tout en contribuant activement à la préservation de l’environnement au sein de leur propre communauté.
Le programme comprend également des présentations communautaires, du matériel pédagogique, des vidéos ainsi qu’un portail interne consacré aux changements climatiques où les membres de la communauté peuvent consulter les procédures de surveillance, les ressources de formation et les renseignements sur le projet.
Dans leur ensemble, ces activités font en sorte que la surveillance du climat devienne une démarche à laquelle toute la communauté peut participer, et non seulement l’équipe de surveillance.

Renforcement des capacités communautaires
Le renforcement des capacités est devenu l’une des plus grandes réalisations du projet. Tout au long du programme, les membres de la communauté ont bénéficié d’une formation pratique dans les domaines suivants :
- les techniques de surveillance environnementale ;
- l’utilisation et l’entretien de l’équipement ;
- les procédures de sécurité sur le terrain ;
- la collecte et la consignation de données ;
- les observations environnementales ;
- l’interprétation des données environnementales ;
- la coordination de projet et
- la sensibilisation aux changements climatiques
Ce transfert progressif des connaissances contribue à préparer la communauté à gérer le programme de surveillance de manière autonome et à long terme.

Réalisations et perspectives d'avenir
Le projet a permis d’établir avec succès le premier programme de surveillance environnementale à long terme de la RTT et d’élaborer le plan de référence et de surveillance environnementale de la communauté.
Le projet a également mis sur pied une équipe spécialisée de surveillance communautaire qui réunit des jeunes et des aînés autour d’activités environnementales concrètes et significatives. La participation devrait continuer de croître, et la surveillance climatique est devenue une source de fierté pour la communauté.
Au fil des années, la RTT continuera d’enrichir un dossier environnemental à long terme qui contribuera à la planification de l’adaptation aux changements climatiques, la de l’environnement, l’aménagement du territoire, la gestion des ressources et la prise de décisions éclairées au sein de la communauté.
Le plus grand héritage à long terme du projet est peut-être son rôle dans la préparation des générations futures en leur transmettant les connaissances, les compétences et l’expérience nécessaires pour continuer à surveiller, à protéger et à gérer leur territoire traditionnel.

Leçons pour d'autres collectivités
Si la RTT pouvait donner un seul conseil aux autres communautés autochtones qui souhaitent mettre en place un programme de surveillance du climat, ce serait celui-ci :
Commencez par les personnes avant de penser à l’équipement. La surveillance ne consiste pas simplement à recueillir des données environnementales. Il s’agit d’établir des relations, de créer des occasions permettant aux aînés et aux jeunes d’apprendre ensemble, de respecter les savoirs traditionnels et de développer les capacités locales qui resteront au sein de la communauté.
L’équipement peut toujours être acheté. Développer les connaissances, la confiance et le leadership au sein de la communauté prend du temps, et c’est là le plus gros investissement du projet.
